Thierry DesrosesUne voix qui compte
Thierry Desroses est l'une des voix les plus puissantes et les plus reconnaissables du doublage français. Depuis son interprétation de Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction en 1994, il a accompagné quelques-uns des acteurs les plus marquants du cinéma et de la télévision. De Jules Winnfield à Nick Fury, de Blade à Gus Fring dans Breaking Bad, du docteur Benton dans Urgences au capitaine Holt dans Brooklyn Nine-Nine, sa voix a traversé les genres et les générations, passant de l'intensité dramatique à l'humour le plus subtil.
Mais derrière cette voix grave et charismatique se cache un parcours que l'on imagine difficilement. Avant de devenir l'une des grandes figures du doublage français, Thierry Desroses a rêvé d'être vétérinaire, pratiqué la danse en secret, embrassé une carrière militaire, puis tenté de vivre de la comédie musicale et du théâtre. Un itinéraire fait de ruptures, d'obstination et surtout de rencontres déterminantes.
Comédien à l'image, danseur, chanteur et désormais directeur artistique, Thierry Desroses a construit sa carrière autour d'une conviction profonde : l'interprétation doit être sincère et le plaisir de jouer ne doit jamais disparaître derrière la technique. Dans cet entretien accordé à SYNCHRO, il revient avec une rare franchise sur ses débuts chaotiques dans le doublage, son attachement à Samuel L. Jackson, les artistes qui l'ont accompagné et sa vision d'une profession en pleine mutation.
De la danse à Pulp Fiction
Né à Aix-en-Provence en 1960, Thierry Desroses grandit dans une famille de militaires et passe une partie de son enfance entre l'Algérie, Creil et la région parisienne. Enfant débrouillard, imaginatif et volontiers turbulent, il trouve dans la télévision un formidable moyen d'évasion. Passionné par Zorro et Thierry la Fronde, il rêve pourtant d'abord de devenir vétérinaire. Mais une autre passion va progressivement bouleverser sa vie : la danse. Fasciné par les ballets et les grandes figures du spectacle comme Fred Astaire et Sammy Davis Jr., il prend clandestinement des cours de modern jazz, qu'il finance avec son argent de poche, avant que son père ne découvre cette activité et ne lui interdise de poursuivre.
Après son baccalauréat, il s'engage dans l'armée, où il devient sergent, major de sa promotion. Mais au bout de deux ans et demi, il comprend qu'il n'est pas à sa place et décide de tout quitter. Revenu à la vie civile, il reprend la danse, puis intègre une école de comédie musicale aux Lilas, où il se forme au chant, au théâtre et à différentes disciplines chorégraphiques. Il apparaît dans de grandes émissions de variétés, notamment auprès de Patrick Sébastien, Jacques Martin et Michel Drucker, avant de rencontrer Arthur Plasschaert, chorégraphe qui deviendra l'un de ses principaux mentors.
En 1986, il participe à la comédie musicale La Valise en carton, avec Linda de Suza et Jean-Pierre Cassel, puis travaille sous la direction de Jean-Michel Ribes dans Le Pont des soupirs, d'Offenbach. Formé également auprès de Niels Arestrup, il multiplie les expériences théâtrales tout en travaillant dans la restauration pour gagner sa vie. C'est finalement en jouant La Nuit de Barbizon, aux côtés de Roger Pierre, Pierre Doris et Claude Gensac, qu'une rencontre va changer sa carrière.
Une spectatrice, Sylvie Feit, remarque son interprétation et lui propose de passer des essais pour un film américain. Thierry Desroses n'a alors jamais pratiqué le doublage et se présente dans un studio de Sonodi, à Épinay, sans en maîtriser la moindre technique. Le film s'appelle Pulp Fiction. Le personnage est Jules Winnfield. L'acteur, Samuel L. Jackson. Malgré un premier enregistrement particulièrement éprouvant, cette expérience ouvre les portes d'une carrière qui fera de Thierry Desroses l'une des grandes voix du cinéma en version française.
Un grand entretien
Dans cet entretien exceptionnel, Thierry Desroses retrace un parcours artistique aussi riche qu'inattendu. Il raconte son enfance, ses difficultés à trouver sa place, ses rêves de danseur contrariés et son étonnant passage dans l'armée. Il revient sur les rencontres décisives avec Arthur Plasschaert, Niels Arestrup, Jean-Michel Ribes et Sylvie Feit, avant d'évoquer ses premiers pas derrière la barre de doublage, lorsqu'il ignorait encore jusqu'au vocabulaire employé dans les studios.
Le comédien raconte avec émotion son apprentissage sur Pulp Fiction, aux côtés de Michel Vigné, ainsi que le soutien de Jenny Gérard, qu'il considère comme sa « maman du doublage ». Il évoque également Maïk Darah, Georges Caudron, Roger Carel, Jacques Balutin et plusieurs générations d'acteurs dont il a observé le travail. Des rencontres humaines déterminantes qui lui ont progressivement permis d'acquérir la maîtrise et la confiance qui lui manquaient à ses débuts.
Thierry Desroses revient longuement sur sa relation artistique avec Samuel L. Jackson, dont il accompagne la carrière depuis plus de trente ans, mais également sur ses collaborations avec Wesley Snipes, Giancarlo Esposito, Forest Whitaker, Laurence Fishburne ou Lance Reddick. Il livre de passionnantes réflexions sur Breaking Bad, Urgences, The Wire, The Blacklist et Brooklyn Nine-Nine, tout en évoquant son travail dans l'animation, notamment sur le personnage de Frozone dans Les Indestructibles.
Devenu également directeur artistique, il rend un hommage particulièrement émouvant à Nathalie Raimbault, qui a profondément influencé sa manière de travailler. Il partage sa vision du métier, son attachement au travail collectif et ses inquiétudes face à l'accélération des délais d'enregistrement. Un entretien d'une rare densité, qui révèle un artiste profondément humain, exigeant et attaché à la transmission.
Toute ma vie, je me suis accroché : accroché pour vivre, et accroché pour tout.
Pour son tout premier doublage, Thierry Desroses décroche l'un des rôles les plus emblématiques du cinéma des années 1990 : Jules Winnfield, interprété par Samuel L. Jackson dans Pulp Fiction. Mais derrière cette réussite se cache une expérience particulièrement douloureuse. Totalement novice, le jeune comédien ne comprend rien à la technique de synchronisation. Lorsqu'on lui demande d'« attaquer au plan », il ignore même ce que cela signifie ! À ses côtés, Michel Vigné, qui double John Travolta, fait preuve d'une patience extraordinaire. Dans leurs cabines séparées, il lui touche légèrement l'épaule pour lui indiquer le moment de commencer. Malgré cette aide précieuse, Thierry Desroses rentre chaque soir chez lui en pleurant, convaincu de ne jamais y arriver. Quelques années plus tard, il sera devenu la voix française incontournable de Samuel L. Jackson. Une formidable revanche pour celui qui avait bien failli abandonner dès son premier film.
Quelques rôles emblématiques
Liste volontairement non exhaustive : l'entretien complet revient sur des dizaines d'autres rôles.
Ce que les internautes demandent
Qui est la voix française de Samuel L. Jackson ?
Thierry Desroses est la principale voix française de Samuel L. Jackson depuis Pulp Fiction (1994), dans lequel il double Jules Winnfield. Il l'a notamment accompagné dans Incassable, les films de l'univers Marvel où l'acteur incarne Nick Fury, ainsi que dans de nombreux autres longs métrages. Leur association vocale, qui dure depuis plus de trente ans, est devenue l'une des plus reconnaissables du doublage français. Samuel L. Jackson a néanmoins été doublé par d'autres comédiens dans certains films.
Qui double Gus Fring dans Breaking Bad et Better Call Saul ?
C'est Thierry Desroses qui prête sa voix française à Giancarlo Esposito dans le rôle de Gustavo « Gus » Fring, personnage emblématique des séries Breaking Bad et Better Call Saul. Le jeu particulièrement maîtrisé et intériorisé de l'acteur américain demande une grande précision d'interprétation. Thierry Desroses accompagne également Giancarlo Esposito dans plusieurs autres productions, notamment Usual Suspects et Far Cry 6, dans lequel l'acteur incarne le dictateur Antón Castillo.
Qui est la voix française du capitaine Holt dans Brooklyn Nine-Nine ?
Thierry Desroses double Andre Braugher dans le rôle du capitaine Raymond Holt, chef du commissariat de la série Brooklyn Nine-Nine. Il y restitue avec une grande subtilité le sérieux imperturbable du personnage, dont l'humour repose précisément sur le décalage entre son attitude solennelle et les situations absurdes auxquelles il est confronté. Une interprétation particulièrement appréciée des spectateurs français, qui illustre le talent comique de Thierry Desroses, souvent associé à des personnages plus dramatiques.
Envie de lire l'entretien en intégralité ?
Retrouvez le grand entretien de Thierry Desroses — illustré et accompagné de sa voxographie — dans SYNCHRO n°19, disponible à la commande.